Pourquoi ce site ?

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Couple de Bernache du Canada à Vincennes
© lesoiseauxdeparis.com

Les espèces exotiques envahissantes sont considérées depuis une dizaine d’années comme l’une des plus grandes menaces pour la biodiversité. Aujourd’hui, ce constat suscite des débats au sein de la communauté scientifique, notamment au regard des changements globaux dus aux modifications climatiques en cours et à la mondialisation des échanges. Présente au sein de la Stratégie nationale pour la biodiversité, la lutte contre les espèces exotiques envahissantes correspond à un engagement fort du Grenelle de l’Environnement. Cette préoccupation, impulsée en Auvergne depuis plus de 10 ans par l’Agence de l’Eau Loire Bretagne dans le cadre du Plan Loire, a ensuite été relayée par la Région Auvergne, notamment à travers son plan pour la biodiversité et le schéma régional de cohérence écologique conduit avec l’État.

Le site espèces exotiques envahissantes en Auvergne est un site expérimental réalisé en 2016 sur la partie Auvergne de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il est conçu pour apporter des informations sur les espèces exotiques envahissantes (EEE) en Auvergne, et permettre la participation du public et des acteurs du territoire à l’observation de ces phénomènes invasifs. Le site permet aussi de partager les connaissances acquises et les retours d’expériences de gestion des différents acteurs sur le territoire auvergnat.

Un formulaire de saisie en ligne permet à chacun de transmettre ses informations précisant la répartition de ces espèces exotiques envahissantes dans la région, pour la faune (bientôt disponible) comme pour la flore, et de visualiser les observations recueillies.

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Helianthus tuberosus – Topinambour
© CBN Massif central

Les organismes invasifs se développant spécifiquement dans les cultures, et en particulier les insectes, comme par exemple la chrysomèle du maïs ne sont pas concernés par ce site. Il en est de même pour les insectes ravageurs des plantations forestières. Ces filières de production bénéficiant de l’appui d’organismes spécialisées de suivi et de lutte.

Le site espèces exotiques envahissantes en Auvergne a été réalisé grâce au soutien de :

logo soutien site espèces exotiques envahissantes en Auvergne

Des invasions à travers monts et marées…

Sous l’effet des aléas climatiques, de la dérive des continents, ou encore de l’évolution, les espèces animales et végétales ont de tous temps traversé le globe, générant cette incroyable diversité des formes de vie que nous connaissons aujourd’hui ou, à l’inverse, créant des vagues d’extinctions épisodiques.

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Le Phylloxéra (puceron) qui eut, sur les vignes européennes au XIXe siècle, un effet dévastateur

Ce phénomène n’est pas nouveau mais, avec le développement du commerce et la mondialisation des échanges, l’homme a démultiplié les capacités des formes de vie, à investir de nouveaux territoires au détriment de la faune et de la flore autochtones. Et s’il est vrai que seules quelques-unes parviennent véritablement à se naturaliser, leurs effets peuvent être particulièrement dévastateurs.

On se souviendra, à cet égard, des effets tragiques du Phylloxéra (puceron) sur les vignes européennes au XIXe siècle ou encore de l’arrivée du Rat noir en Europe au Moyen Âge, à l’origine de profonds bouleversements écologiques, économiques et sanitaires. Ainsi, aujourd’hui, les phénomènes d’invasion biologique figurent parmi les menaces les plus sévères pesant sur la biodiversité mondiale.

La flore n’est pas en reste et les exemples français ne manquent pas : l’arrivée, à la fin des années 1990 de Caulerpa taxifolia, plante utilisée en aquariophilie, dans les fonds marins de Monaco est aujourd’hui responsable de la disparition des herbiers de Posidonie et de leur faune à travers toute la Méditerranée. La Jussie à grandes fleurs, échappée des bassins ornementaux, constitue un second triste et célèbre exemple en colonisant de nombreux cours d’eau, lacs et étangs européens au détriment de la faune et de la flore…

Qu’est-ce qu’une espèce exotique envahissante ?

Depuis que l’homme voyage, des espèces ont été transportées et introduites là où elles n’existaient pas, de manière volontaire ou accidentelle. Certaines de ces espèces exotiques parviennent à s’acclimater à leur nouvel environnement et à se disperser, plus ou moins rapidement, de façon naturelle comme le long des cours d’eau ou par l’intervention humaine (vente en jardinerie et animalerie, transports de terre, moyens de transport…). Parfois, elles se développent de façon démesurée et colonisent l’ensemble des milieux qui leur sont favorables, souvent au sein de milieux perturbés le plus souvent dépourvus de prédateurs/ravageurs naturels.

Lorsqu’elles deviennent envahissantes, ces espèces exotiques peuvent modifier les écosystèmes et amoindrir la biodiversité indigène.

Ludwigia grandiflora - Jussie à grande fleursCertaines plantes (comme la Renouée du Japon ou la Jussie à grandes fleurs – photo ci-contre) concurrencent les espèces communes indigènes et les éliminent progressivement. Cette colonisation des milieux engendre une banalisation de la flore locale mais aussi de toute la faune autochtone qui en dépend pour sa survie.

Côté faune, la présence de certains mollusques (comme les corbicules) dans un bras mort peut entrainer un changement radical du milieu en raison de la densité d’individus présents et de leur capacité à filtrer l’eau et à la rendre pauvre en éléments nutritifs (oligotrophe).Cette transformation de la qualité de l’eau entrainera une modification de la flore et de la faune aquatique initialement présentes.

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Corbicule (Corbicula fluminea)
© CEN Auvergne- S. Esnouf

Tandis qu’elles tendent à créer des milieux monospécifiques et contribuent à l’homogénéisation des paysages, ces espèces exotiques envahissantes touchent parfois fortement les activités humaines.

Elles coûteraient des dizaines de milliards d’euros par an à l’Europe :

  • d’une part à cause des dégâts occasionnés sur la production agricole ou forestière, sur les routes et infrastructures, sur la production piscicole des étangs ;
  • d’autre part, à cause des dépenses de santé liées aux :
    • allergies occasionnées par le pollen de l’Ambroisie à feuilles d’armoise,
    • brûlures causées au contact de la Berce du Caucase,
    • zoonoses telles que la leptospirose transmise par les rongeurs (Ragondin, rat musqué) ainsi que la Dengue et le Chikungunya par le Moustique tigre
  • et enfin, à cause des opérations de gestion permettant de contenir ces espèces et de limiter leurs conséquences écologiques sur les écosystèmes, les habitats et les espèces indigènes.
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L’ambroisie à feuilles d’armoise dont le pollen occasionne des allergies.
Et le moustique-tigre qui peut transmettre la Dengue et le Chikungunya

 

Voir également :
www.fcbn.fr/action/eee
www.centrederessources-loirenature.com

Quelques définitions

Espèce exotique

Une espèce exotique (ou allochtone, ou non indigène) est une espèce introduite en dehors de son aire de répartition naturelle. La définition du parlement européen précise : tout spécimen vivant d’une espèce, d’une sous-espèce ou d’un taxon de rang inférieur d’animaux, de végétaux, de champignons ou de micro-organismes introduit en dehors de son aire de répartition naturelle, y compris toute partie, gamète, semence, œuf ou propagule de cette espèce, ainsi que tout hybride ou toute variété ou race susceptible de survivre et, ultérieurement, de se reproduire (Règlement (UE) n°1143/2014 du parlement européen, 2014)

Espèce exotique envahissante (EEE)

Une espèce exotique envahissante est une espèce exotique dont l’introduction ou la propagation s’est révélée constituer une menace pour la biodiversité et les services écosystémiques associés, ou avoir des effets néfastes sur la biodiversité et lesdits services (Règlement (UE) n°1143/2014 du parlement européen, 2014)

Les espèces indigènes ou autochtones

Les espèces indigènes sont spontanées dans un territoire donné et pour une période donnée et dont la présence est totalement indépendante de l’action humaine. Leur aire de répartition ne dépend pas d’une dispersion d’origine anthropique.

Pour les plantes, le terme « indigène » est pris ici dans un sens très large, et comprend :

  • les indigènes au sens strict, arrivées dans un territoire donné sans l’aide de l’homme. Elles forment le cortège floristique originel du territoire dans la période bioclimatique actuelle.
  • les néo-indigènes, arrivées depuis moins de 10 ans par migration spontanée en provenance d’une région voisine où elles sont indigènes, sous l’effet par exemple du réchauffement climatique.
  • nielle-des-bles-agrostemma-githago-jh-leprince-cbnmcles archéophytes, exogènes mais d’implantation antérieure aux grandes explorations et découverte de l’Amérique (1492) et qui se comportent comme des taxons indigènes et sont considérées comme assimilées indigènes.

Les taxons appelés cryptogènes regroupent ceux pour lesquels les données actuellement disponibles sont insuffisantes pour statuer sur l’indigénat dans le territoire considéré.

souris-grise-mus-musculus-ilmari-karonen-commons-wikimedia-orgPour la faune, compte tenu des déplacements de l’Homme et avec lui d’espèces sur le continent européen, des études archéozoologiques ont permis d’identifier les espèces qui étaient présentes avant les dernières glaciations (holocène = -10 000 ans) et celles apparues après correspondant aux premières introductions connues.
Cette période intègre de fait comme autochtones des espèces exotique introduites avant -10000 ans comme par exemple la Souris grise (Mus musculus) probablement originaire d’Asie.

A noter cependant, que ces notions de seuils théoriques peuvent interroger pour certaines espèces.

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Par exemple, le cas des corbicules (petites palourdes d’eau douce) considérées comme invasives car observées en pleine expansion, en Europe, à partir des années 1980, or il semblerait que cette espèce soit présente dans des horizons fossiles européens antérieurs aux dernières glaciations et considérée par certains auteurs comme en phase de recolonisation et non d’invasion.

Source : Pfenninger M., Reinhardt F., Streit, B. 2002. Evidence for cryptic hybridization between different evolutionary lineages of the invasive clam genus Corbicula (Veneroida, Bivalvia). Journal of Evolutionary Biology 15: 818-829.

Les espèces exogènes ou allochtones ou exotiques

Ces espèces ont été introduites volontairement ou accidentellement par l’homme et ses activités en dehors de leur aire de répartition d’origine ou aire de répartition naturelle.

Pour les plantes, le terme exogène se rapporte à tous les taxons non indigènes et non cryptogènes. Selon leur degré d’intégration, on distingue 4 catégories de taxons exogènes :

  • cultivés (Q) : taxons plantés intentionnellement par l’homme et qui n’arrivent pas à se maintenir dans les lieux d’implantation sans son aide ;
  • accidentels (A) : taxons non indigènes qui ne se reproduisent ni par graine ni de manière végétative dans les secteurs d’implantation. Ils finissent donc par disparaître à plus ou moins long terme, même après plusieurs années d’implantation ;
  • établis (S) : taxons non indigènes qui se reproduisent par graine ou par voie végétative mais qui n’étendent pas leur aire de répartition. Ces taxons restent dans le périmètre de leur aire d’introduction ;
  • naturalisés (N et Z) : taxons non indigènes qui se reproduisent par graine ou par voie végétative mais qui étendent leur aire de répartition et sont capables de migrer à distance. Ils peuvent se répandre naturellement et durablement sans nouvelles introductions par l’Homme et s’intégrer aux milieux naturels. On distingue 2 catégories selon leur degré de fréquence : les sténonaturalisés (N), naturalisés sur un territoire restreint, et les eurynaturalisés (Z), naturalisés sur de vastes territoires.

Pour la faune, les termes de maronnes ou férales concernent des espèces domestiques ou captives retournées à l’état sauvage, comme par exemple le chat (on parle également de chat haret ou chat errant), la genette (protégée depuis 1981), le raton laveur, le ragondin …

Biodiversité

Variabilité des organismes vivants de toute origine, y compris les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes (Règlement (UE) n°1143/2014 du parlement européen, 2014).

Services écosystémiques

Services écosystémiques : contributions directes et indirectes des écosystèmes au bien-être humain (Règlement (UE) n°1143/2014 du parlement européen, 2014).

Introduction d’une espèce

Déplacement, par suite d’une intervention humaine, d’une espèce en dehors de son aire de répartition naturelle (Règlement (UE) n°1143/2014 du parlement européen, 2014).

Concepts

Introduction et processus d’invasions animales et végétales

Toutes les espèces introduites volontairement ou involontairement par l’Homme ne deviennent pas envahissantes. Les 4 phases du processus qui peuvent conduire une espèce exotique introduite à devenir envahissantes sont similaires pour la faune et la flore.

Tout commence par une introduction volontaire ou non par l’Homme qui permet à l’espèce de franchir une barrière géographique qu’elle n’aurait pu franchir seule.

La seconde phase concerne l’acclimatation de l’espèce qui se traduit par une survie dans de nouvelles conditions environnementales (climat, ressource trophique, prédateurs et/ou ravageurs…).

La troisième phase dite de naturalisation voit l’espèce être en capacité de se reproduire sans intervention humaine. La plupart des espèces introduites en reste à cette étape.

Seule la dernière phase d’expansion qui permet de franchir une barrière de dispersion traduit le caractère envahissant d’une espèce. Cette dernière étape peut être franchie sur des pas de temps très variables allant de quelques années à plus d’un siècle. Les facteurs déclenchant ne sont pas toujours faciles à appréhender.

En revanche, certains paramètres peuvent être favorables tels que des milieux perturbés avec une faible résilience mais aussi un profil de l’espèce introduite comme par exemple les espèces dites pionnières qui ont une grande capacité d’adaptation, une forte capacité à se reproduire ou à se disperser….la pression de propagules (ou diaspore) correspondant à une plante ou à un animal pouvant être dispersé et donner naissance à un individu, plus le nombre de propagules introduit est élevé et plus les chances d’installation de l’espèce sont élevées.

bernache-du-canada-en-bord-dallier-cen-auvergne-a-soissonsZoom sur l’introduction de la Bernache du Canada illustrant ce processus :

Initialement introduite dans des parcs animaliers et pour la chasse, elle s’est échappée de ces lieux où elle a pu s’acclimater pour ensuite se naturaliser dans l’hexagone c’est-à-dire survivre et se reproduire sans intervention humaine. Au départ protégée car rare sur l’hexagone, elle est ensuite entrée dans une phase d’expansion (=invasion) en franchissant la dernière barrière de dispersion. Face aux nombre d’individus recensés, aux impacts sur la faune locale, mais aussi sanitaire sur la pollution de zones de baignade, et la gêne occasionnée pour la pratique d’activité nautique et piscicole, son statut a changé pour devenir une espèce exotique considérée comme envahissante et chassable (entre 2011 et 2015) afin de tester des actions de régulation. Il est en parallèle interdit de l’introduire dans le milieu naturel et de l’utiliser comme appelant l’hiver (transport et commercialisation).

schema-selon-e-sarrat-2012Voir la fiche juridique de l’ONCFS

Schéma selon E. Sarrat 2012 d’après Richardson et al, 2000, in Sarat E. (coord) 2012« Les vertébrés exotiques envahissantes sur le bassin de la Loire (hors poissons) : Connaissances et expériences de gestion. ONCFS, Plan Loire Grandeur Nature, 128 pp.

Pour la flore, la diaspore (une semence, un fragment de tige…) qui a permis la dissémination donne naissance à un individu. Celui-ci pourra disparaître rapidement en rencontrant des conditions trop défavorables (température trop basse, disponibilité de l’eau…) ; on considère alors sa présence comme accidentelle. S’il parvient à survivre localement, il sera dit « établi ». Enfin, s’il est en mesure de se reproduire et d’étendre son aire, l’individu sera naturalisé.

Pour la flore, on estime que 10 espèces introduites sur 1000 parviennent à se naturaliser : sur celles-ci, 1 deviendra envahissante (WILLIAMSON 1996). La prolifération intervient après un temps de latence variable (plusieurs décennies) qu’il est difficile de prévoir.

ludwigia-grandiflora_3_-l-chabrol-cbnmc_6741_lAinsi la Jussie à grandes fleurs (Ludwigia grandiflora), plante d’origine américaine, est devenue envahissante plus d’un siècle et demi après son introduction en Europe. Elle prolifère à présent dans les milieux aquatiques stagnants ou à faible courant, concurrence les espèces indigènes et modifie les caractéristiques des milieux (acidification, baisse du taux d’oxygène, accélération de la sédimentation) (MULLER 2004). À noter que sa commercialisation est interdite depuis mars 2007.

7019_paulownia-tomentosa_nawrot_o_cbnmc_img_2300L’Érigéron du Canada (Erigeron canadensis), originaire lui aussi du continent américain, est présent depuis plus de quatre siècles dans les milieux rudéralisés en Europe (JOVET-VILMORIN 1975). Considéré envahissant par certains auteurs, il ne semble pourtant pas présenter de menaces pour l’environnement, la santé ou l’économie dans notre région. C’est un bon exemple d’une espèce exotique qui serait davantage à considérer comme « synanthropique », accompagnant les activités humaines, au même titre que le Pavot coquelicot (Papaver rhoeas) ou le Bleuet des moissons (Cyanus segetum), introduits en Europe il y a 7000 ans…

Il faut donc se garder de considérer toute plante exotique comme envahissante : seuls l’étude et le suivi dans le temps des espèces incriminées permettront d’évaluer avec discernement leur invasibilité et l’impact sur les habitats naturels.

(Source : Arnaud Descheemacker, CBNMC, in Plantes sauvages de la Loire et du Rhône, p409)

Pourquoi se préoccuper des espèces exotiques envahissantes ?

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Ambroisie dans un champ de tournesol

La propagation rapide et massive des espèces exotiques, formant parfois des populations monospécifiques denses, peut engendrer des atteintes à l’environnement (appauvrissement de la biodiversité, perturbation de la trophie ou de la structure des sols…), à l’économie (réduction des surfaces de pêche, perte de rendements agricoles, dépréciation des récoltes, intoxication du bétail…) ou encore à la santé humaine (allergies, dermatoses…).

Même si les espèces exotiques à caractère véritablement envahissant sont peu nombreuses, les impacts engendrés ne sont pas négligeables et doivent être pris en compte pour les limiter. Des stratégies de gestion de ces espèces sont élaborées à différentes échelles (internationale, nationale ou locale).liste_actualise_et_hierarchisee_des_espces_exotique_envahissante

Un des premiers axes de ces stratégies est d’établir un état des lieux de la situation sur une base argumentée, c’est ce que vient de faire le CBN Massif central dans les trois régions administratives de son territoire d’agrément. Ensuite seulement, les stratégies de sensibilisation, de surveillance, de confinement ou de gestion pourront se mettre en place sur les territoires selon le niveau d’invasion et risque invasif des espèces.

Faut-il intervenir à tout prix ?

Il est plus que nécessaire de prendre du recul pour évaluer le réel impact de ces espèces sur l’environnement.

Pour la flore : Gardons à l’esprit que, la plupart du temps, la prolifération d’une plante est l’une des conséquences d’une gestion inadaptée voire de la dégradation de milieux naturels.

Mais alors, comment intervenir ? Sur quels sites ? Quelles espèces ?

Très souvent, les stratégies interventionnistes de gestion voire d’éradication d’espèces exotiques envahissantes suivent le schéma « action-réaction », négligeant trop souvent une réflexion préalable sur la pertinence et la viabilité de ces actions.

De nombreuses opérations précipitées affichent un rapport « coût-bénéfice » déséquilibré et se soldent ainsi par des échecs voire des abandons. Sans vouloir minimiser les problèmes causés par ces espèces exotiques envahissantes, les interventions de gestion voire d’éradication doivent donc être raisonnées à l’échelle du territoire. La hiérarchisation des enjeux et le choix des espèces et surtout des sites voire des territoires sur lesquels vont se porter les interventions s’avèrent indispensables.

C’est toute la vocation du travail mené par le CBN Massif central et rendu public sur son site internet. Il est de plus en plus admis que ces interventions doivent être réservées à des situations particulières comme, par exemple, l’implantation d’une espèce émergente (voir ci-contre) ou la prolifération d’une espèce exotique au contact d’une population d’espèces indigènes menacées (Lindernia dubia contre Lindernia palustris, par exemple). Ces interventions peuvent également s’avérer prioritaires dans des territoires indemnes de toute autre prolifération d’espèces exotiques ou dans des territoires faisant l’objet d’une protection d’habitats naturels remarquables (réserves naturelles, sites Natura 2000…).

Pour la faune (comme pour la flore) : l’effort d’intervention à porter reste la prévention afin d’éviter d’introduire de nouvelles espèces compte tenu de la probabilité élevée de naturalisation voire d’invasion. Cette priorité reste cependant difficile à défendre auprès des décideurs face à une situation difficile à percevoir et à anticiper.

La seconde priorité est de pouvoir intervenir dès l’émergence d’une espèce connue pour son caractère invasif gage d’efficacité et de coût modéré.

Pour les espèces largement établies, une réflexion reste nécessaire quant à l’impact réel de l’espèce ainsi que l’objectif de contrôle visé, qui va dépendre également des moyens techniques et financiers pouvant être mobilisés, leur durée dans le temps, le territoire d’intervention, la synergie d’intervention entre acteurs, le devenir des individus prélevés…

Voies d’introduction des Espèces Exotiques Envahissantes

Introduction involontaire

La mondialisation des échanges : Pour illustrer le propos, le transport de nombreuses marchandises par fret maritime est un facteur d’introduction d’espèces par le biais d’individus fixés sur la coque des bateaux (voie d’introduction estimée comme responsables de l’introduction de 60% des espèces exotiques envahissantes en milieu marin), mais aussi par le biais des eaux de ballast, qui par leur volume sont responsable du transport de milliers d’espèces d’un océan à un autre voire au sein des continents par les cours d’eau navigables et les canaux.

Certaines espèces se trouvent embarquées avec des marchandises, tel l’exemple du Frelon asiatique arrivé en Europe probablement abrité dans des conteneurs de poteries chinoises.

Les flux et infrastructures de transport : l’aménagement de réseaux routiers et leur entretien (broyage, fauche…) est une source de dispersion de certaines espèces exotiques envahissantes par le transport de terre ou d’engins contaminés comme des bouts de rhizomes de Renouées asiatiques. En Auvergne, le renversement d’un camion de paille de blé contenant des graines d’Ambroisie a été à l’origine de la dispersion de l’espèce sur un secteur totalement isolé.

L’importation de semences d’Amérique du nord contaminées par des graines d’Ambroisie a été à l’origine de son introduction en Europe.

L’importation de laine de mouton d’Afrique du sud contaminées de graines de Séneçon du Cap a été à l’origine de son introduction en France. Ses petites graines facilement transportées par le vent et le poil des animaux progressent en France par les axes routiers.

Introduction volontaire

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Balsamine de l’Himalaya (Impatiens glandulifera), introduite en Europe comme plante ornementale.

Un grand nombre d’espèces exotiques envahissantes ont été introduites volontairement souvent sur des critères esthétiques pour l’horticulture comme la Balsamine de l’Himalaya, pour les activités cynégétiques comme le Cerf Sika ou pour les activités halieutiques comme la perche soleil introduite en aquariophilie et pour la pêche de loisir.

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Perche soleil (Lepomis gibbosus)

La pelleterie et les élevages de mammifères exotiques ont été un facteur important d’introduction (Ragondin, Vison d’Amérique,….) par l’abandon ou l’évasion d’individus. L’aquaculture a permis l’introduction d’écrevisses
exotiques.

Des formes de lutte biologique contre des espèces autochtones comme le puceron avec l’élevage et la commercialisation de la coccinelle asiatique. Ou encore à des fins de restauration écologique pour la stabilisation des sols et des dunes, avec par exemple la Griffe de Sorcière ou le Séneçon en arbre devenus aujourd’hui des espèces particulièrement envahissantes.

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Tortue de Floride (Trachemys scripta elegans)

Les animaux de compagnie avec la commercialisation de la Tortue de Floride (aujourd’hui interdite à la vente), ou le Tamia de Sibérie le plus souvent relâchés en milieu naturel par leur propriétaire soucieux de s’en débarrasser sans mesurer les conséquences induites.

Les espèces commercialisées le sont sur la base de tendances à une époque donnée, comme les graminées actuellement en jardinerie et pour l’aménagement d’espaces verts.

Facteurs favorables à l’implantation et à la dissémination des Espèces Exotiques Envahissantes

  • L’artificialisation des milieux
  • La déstabilisation d’équilibres (disparition d’espèces clés de voûte, de prédateurs…)
  • L’accélération des échanges entre continent en volume et en fréquence est un facteur favorable.
  • Infrastructures de déplacements (routes, chemins de fer, voies fluviales, etc.)

La mécanisation de nombreux domaines (agriculture, forêt, aménagement) par les surfaces traitées, le déplacement des engins, ….

Conséquences sur la biodiversité, le milieu physique, l’aspect économique…

L’introduction et la propagation d’espèces exotiques envahissantes ont des impacts mesurables sur la biodiversité et les activités socio professionnelles.

Impacts négatifs

Modification des écosystèmes

Fragilisation des berges :

le Ragondin et les écrevisses exotiques envahissantes par les galeries creusées dans les berges des plans d’eau et des cours d’eau entrainent une fragilisation de ces aménagements qui peuvent finir par s’effondrer. Ce phénomène n’est pas spécifique aux espèces exotiques envahissantes cependant la densité des populations établis amplifie de type de phénomène.

Modification de la teneur en oxygène dans les milieux aquatiques : les herbiers denses de plantes exotiques envahissantes (Lagarosiphon, Elodée du Canada ou Elodée de Nutall….) peuvent induire en journée une sursaturation d’oxygène en raison de la photosynthèse et un manque d’oxygène dissous en fin de nuit fatale pour toute forme de vie animale. Par ailleurs, lorsque le couvert végétal de surface est très dense, dans le cas du Myriophylle du Brésil par exemple, les échanges gazeux avec l’atmosphère sont limités et ne permettent pas un taux d’oxygène dissous suffisant.

Accès à la lumière limité

Oligotrophisation des eaux par les corbicules

La présence de corbicules dans le bras mort d’un cours d’eau peut entrainer un changement radical du milieu en raison de la densité des individus présents et de leur capacité à filtrer l’eau et à la rendre pauvre en éléments nutritifs (oligotrophie). Cette transformation de la qualité de l’eau entrainera une modification de la flore et de la faune aquatique initialement présentes.

Transmission de pathogènes

ecrevisse-de-californie-ou-ecrevisse-signal-pacifastacus-leniusculusL’écrevisse à pattes blanches, protégée au niveau national est en cours de raréfaction. La dégradation de la qualité de l’eau et des cours d’eau (recalibrage) étant initialement la principale cause de sa régression est aujourd’hui additionnée d’un facteur aggravant dû aux écrevisses exotiques. Ces dernières sont porteuses saines de la peste des écrevisses, une maladie fongique qui est mortelle pour les écrevisses indigènes. Cette maladie peut être transmise par l’eau, les poissons et l’activité halieutique. Les écrevisses exotiques envahissantes en raison d’une meilleure résistance aux pollutions, un taux de reproduction plus élevé et une capacité de déplacement supérieure supplantent sur de nombreux cours d’eau les espèces indigènes.

Source : Etat de l’art de l’Ecrevisse à pattes blanches – Saules et eaux. Dans le cadre de l’élaboration des sites Natura 2000 « Rivières à Moules perlières » (FR83301094), « Lacs et rivières à Loutres » (FR8301095) et « Rivières à Ecrevisse à pattes blanches » (8301096). Novembre 2010

Compétition et disparition d’espèces autochtones patrimoniales

Les jussies forment des tapis denses sur les vases alluviales des bras morts et plans d’eau, et peuvent conduire à la régression ou la disparition d’espèces citées dans la Liste rouge des plantes menacées d’Auvergne, comme :

  • l’Elatine fausse-alsine (Elatine alsiniastrum), la Lindernie des marais (Lindernia palustris), la Fougère d’eau à quatre feuilles (Marsilea quadrifolia), espèces en danger critique de disparition (CR) ;
  • le souchet de Michel (Cyperus michelianus), la Pilulaire (Pilularia globulifera), le Rumex maritime (Rumex maritimus), espèce en danger de disparition (EN)
  • la Potentille couchée (Potentilla supina), espèce vulnérable…

Concurrence de la Fougère d’eau à quatre feuilles (Marsilea quadrifolia) par la Jussie à grandes fleurs:

17717_marsilea-quadrifolia_olivier_l_cbnmc_02378Plante herbacée aquatique généralement submergée, la Marsillée à quatre feuilles est caractérisée par des feuilles à quatre lobes disposées en croix, d’où son surnom de Trèfle des marais. Son originalité tient au fait que c’est une espèce dite “à éclipses”, pouvant disparaître pour réapparaître de manière plus importante des années après. Cette espèce est inféodée aux milieux périfluviaux tels que les mares, étangs et annexes hydrauliques, avec des périodes d’assec plus ou moins prononcées. Les menaces sont la régression des zones humides et la pollution des eaux (engrais, hydrocarbures). Une nouvelle menace se développe avec l’expansion d’une plante invasive, la jussie. Cette plante exotique colonise les mêmes habitats de la marsilée, entraînant la disparition de celle-ci.

En Auvergne, le CEN Allier réalise depuis plusieurs années un suivi sur une station de Fougère d’eau à quatre feuilles dans la boire des Pinots, site Natura 2000 val d’Allier sud, où l’espèce régresse fortement en raison de l’implantation de la Jussie sur le site.

Substitution d’espèces autochtones par des espèces exotiques proches :

p1110197-xanthium-orientale-italicum-jh-leprinceLa Lampourde glouteron (Xanthium strumarium) : Cette espèce au fruit crochu typique colonise les terrasses alluviales des cours d’eau. Connue autrefois sur différents cours d’eau d’Auvergne à basse altitude (comme l’Allier, la Loire, le Lembron…), l’espèce est actuellement considérée comme en danger critique d’extinction (CR) dans la Liste rouge de l’Auvergne), supplantée par la Lampourde à gros fruits (Xanthium orientale div. sp.) introduite d’Asie orientale.

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Dans les mêmes situations, le Bident tripartite (Bidens tripartita), espèce indigène, est de plus en plus concurrencé par le Bident feuillé (Bidens frondosa), espèce exotique envahissante originaire d’Amérique du nord.

La Lindernie des marais (Lindernia palustris) : Actuellement, deux espèces du genre Lindernia sont présentes en France métropolitaine…

lindernia-dubia-subsp-major_nawrot_o_cbnmc_img_3072Actuellement, deux espèces du genre Lindernia sont présentes en France métropolitaine : Lindernia palustris, eurasiatique, indigène sur notre territoire, et Lindernia dubia, nord-américaine. Ces deux annuelles ont une écologie strictement identique : elles sont inféodées aux végétations amphibies des sables et vases exondés en période estivale, sur les berges de certaines rivières ou étendues d’eau stagnantes. Tandis que Lindernia palustris est protégé aux échelons européen, national et régional, Lindernia dubia est classé parmi les exotiques envahissantes avérées en France, concurrençant sévèrement la lindernie autochtone.

Les principaux foyers français de Lindernia palustris étaient déjà connus dès le milieu du XIXème siècle, la plante y était rare. L’espèce nord-américaine, elle, aurait été introduite accidentellement vers 1850 par les navires de commerce au niveau du port de Nantes. Jugée commune en Loire-Atlantique dès la première moitié du XXème siècle, elle aurait essaimé en remontant le fleuve Loire et certains de ses affluents. Sa progression est fulgurante à partir de la seconde moitié du XXème siècle : elle a ainsi gagné la quasi-totalité des bassins de la Loire, du Cher, de l’Allier, mais aussi des secteurs du sud-ouest du pays, du bassin méditerranéen et certains départements alpins et jurassiens. La forte régression de Lindernia palustris est constatée en parallèle, en particulier dans l’ouest de la France.

Sur le terrain, les deux espèces poussent en mélange ce qui est en théorie fort propice à l’hybridation ; ce phénomène pourrait expliquer le déclin progressif de Lindernia palustris « pollué » par des gènes de Lindernia dubia. Néanmoins, des analyses génétiques réalisées par le CBN du Massif central à partir de plantes françaises d’origines géographiques variées n’ont pas mis en évidence d’hybridation interspécifique naturelle, bien qu’on sache l’hybridation artificielle possible.

La domination de L. dubia sur L. palustris peut donc être attribuée à une croissance plus rapide, à la production d’un plus grand nombre de graines viables ou encore à une meilleure résistance aux maladies et ravageurs européens. Mais comme tout est relatif, signalons que dans d’autres zones du globe comme au Japon, L. palustris prospère au point d’être considérée comme envahissante…

(source : Ariane Morel, CBN Massif central, in Plantes sauvages de la Loire et du Rhône, CBNMC 2013)

Impacts positifs

Ressource trophique

La loutre (Lutra lutra), espèce protégée, en voie de recolonisation dans le Massif après une période de forte régression, se situe en haut de chaine alimentaire et reste très opportuniste quant à son régime alimentaire. Elle permet ainsi de réguler des populations importantes d’espèces. En Auvergne, des restes d’écrevisses exotiques (bout de pince) ou parfois même des épreintes (crottes) constituées quasi exclusivement de morceaux de carapace d’écrevisses sont fréquemment observés. Ce qui indique que les fortes populations d’écrevisses exotiques rentrent dans le régime alimentaire de la Loutre et contribue au maintien de cette dernière, qui se reproduit en fonction de la ressource alimentaire disponible. Elle peut également se nourrir de jeunes mammifères tels que des rats musqués et ragondin davantage recherchés en période hivernale.

Source : Lemarchand et C. Bouchardy, 2015. La Loutre d’Europe. 86-89 p. Dans Chauve-Souris Auvergne, Groupe Mammalogique d’Auvergne, 2015. Atlas des Mammifères d’Auvergne. Répartition, biologie, et écologie. Catiche productions, 368 pp.

La Genette commune (Genetta genetta), présente mais discrète en Auvergne, peut se nourrir l’été lorsque le niveau d’eau diminue d’écrevisses exotiques de manière opportuniste.

Source : Lemarchand, 2015. La Genette commune, 60-62 p. Dans Chauve-Souris Auvergne, Groupe Mammalogique d’Auvergne, 2015. Atlas des Mammifères d’Auvergne. Répartition, biologie, et écologie. Catiche productions, 368 pp.

Attrait pour les insectes pollinisateurs

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Jussie à grande fleurs (Ludwigia grandiflora) butinée par un hyménoptère

Plusieurs espèces exotiques envahissantes ont un fort pouvoir attractif sur les insectes pollinisateurs : on peut citer les Balsamines, les Jussies, les Onagres, ou le Buddléia appelé également communément “arbre aux papillons”.

La Balsamine de l’Himalaya (Impatiens glandulifera) est par exemple visitée 250 fois environ sur une saison au cours de sa floraison contre 7 fois pour la Balsamine à petites fleurs (Impatiens parviflora), espèce également exotique envahisante, ou la Balsamine des bois (Impatiens noli-tangere), espèce spontanée en Europe (Etude de Chittka et Schurkens citée dans Beillevert 2013.

Production économique

Le Robinier faux-acacia, communément appelé acacia, fournit un bois très réputé, résistant aux champignons, aux insectes xylophages et aux intempéries. Il est ainsi recommandé pour des utilisations sur des ouvrages en extérieur, piquets de clôture ou mobilier par exemple. Les fleurs très mellifères du Robinier permettent la production d’un miel apprécié, doux et liquide : le miel d’acacia.

Lutte contre l’érosion

Le Robinier faux acacia a été utilisé pour la végétalisation et la stabilisation de talus, en raison de son système racinaire qui stabilise le sol et l’enrichit en azote. En raison de sa forte tendance à se propager, il est cependant préférable d’utiliser d’autres fabacées originaires de nos régions.

Nos espèces indigènes qui deviennent des espèces envahissantes exotiques ailleurs dans le monde

Deux exemples sont illustrés ci-dessous : le Lapin de garenne en Australie et la Salicaire commune aux Etats-Unis.

Introduction du Lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) en Australie

lapin-de-garenneA la fin du XIXème siècle, un britannique nostalgique de son Angleterre natale introduit en Australie 12 couples de lapins de garenne pour son plaisir de chasse. Echappés de leur enclos et ne rencontrant pas de prédateurs, dans ce nouvel environnement, le lapin de Garenne se reproduit rapidement (5 portées par an de 10 à 12 lapereaux soit près de 2000 individus en 1 génération) et se disperse sur plus de la moitié de l’Australie grâce à une population de plusieurs millions d’individus. C’est une véritable catastrophe écologique en raison de la pression sur la végétation et la compétition trophique avec les walabbies mais également au niveau agricole par la destruction de nombreuses récoltes. Ce phénomène contribue probablement au phénomène de désertification de certaines régions. Pour enrayer ce fléau, de nombreuses mesures successives ont été prises par la chasse, le piégeage, l’empoisonnement mais sans résultat.

La première grande action de lutte a consisté à poser des milliers de kilomètres de clôture pour stopper la progression du lapin sur le reste de l’ile, mais ce dernier en creusant a réussi à franchir cet obstacle physique ou l’a contourné. Face à cet échec, une seconde tentative de lutte a consisté à introduire le Renard roux, prédateur naturel du lapin en Europe. Mais encore une fois, dans un nouvel environnement le Renard a bien chassé quelques lapins mais a également apprécié les jeunes wallabies.

Après ce nouvel échec, une nouvelle stratégie est adoptée en introduisant différents virus susceptibles de décimer les populations de lapins dont la myxomatose. Nouvel échec par développement d’individus résistants après une chute brutale des populations. La dernière tentative est l’introduction d’un virus immunocontraceptif pour limiter la reproduction de cette espèce invasive.

Au prix de tous ces efforts la population actuelle est encore estimée plusieurs millions d’individus avec un contrôle des effectifs qui ne semble pas terminé. Sur le continent européen, le lapin de Garenne se retrouve dans une situation inversée avec une baisse importante des populations due à de nombreux facteurs (collisions routières, fragmentation des habitats, épidémies, prédation…).

La salicaire (Lythrum salicaria) en Amérique du nord

9089_lythrum-salicaria_gravelat_b_cbnmc_02917La salicaire est une plante typique des bords des cours d’eau ou berges de plans d’eau de nos régions ; originaire d’Europe et d’Asie, elle est spontanée en France. Au Amérique du nord, la salicaire introduite au début du 19ème siècle est devenue une espèce invasive majeure difficile à contrôler, elle couvre maintenant sur de grandes surfaces au Canada et aux Etats-Unis, en compétition avec la flore locale. La salicaire est nommée Beautiful killer !

Voir Purple Loosestrife